ATELIER LES TRAVERSES



LE BOL ANIMAL


Atelier enfants

Poterie Les Traverses – Levens 2009


Article paru dans la Revue de la céramique et du verre - 2010

LA TERRE ET L'ENFANT, SOMME ET MEMOIRE DES MONDES.

La terre centre – recentre l’homme. La terre tire de l’homme son centre secret et l’attire dans ces régions de création où tout est possible.

… C’est ce que nous avons pu lire une nouvelle fois sur les visages absorbés des enfants participant aux ateliers de l’été dernier. Visages attentifs, calmes, immobiles, graves – tendus vers cette terre mystérieuse qui leur était offerte, montagne magique que leurs mains allaient pouvoir transformer à leur gré.

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Thème : le bol animal. Un animal ? … Tortue, girafe, cheval, rhinocéros, crocodile, lion… de multiples images défilent dans leurs têtes : moi je veux faire un… et ils sourient comme si c’était déjà fait ! Avant que n’intervienne le doute, on leur donne une boule de terre.

La terre en tant que matériau ne leur est pas familière comme l’est le crayon entre leur main : le trait, si vivant depuis les premiers « gribouillages » jusqu’à l’âge de six ans environ, perd de son originalité native dès que l’enfant entre dans la société au-delà de la cellule familiale. Dès qu’il veut imiter, restituer l’apparence des choses, il s’éloigne de l’essence telle que la saisit si parfaitement sa vision de petit enfant.

Devant la terre, les voilà à nouveau nus, sans référence, sans passé… Ils « ne savent pas » – et à partir de là, ils peuvent FAIRE. L’on va travailler sur un terrain vierge, vierge et en même temps très savant, ancien, archaïque même, très surprenant, révélant chez la plupart des enfants la source première de la création qui va se coulant dans l’objet – le bol en l’occurrence ; millénaires abolis, les Arts Premiers sont là sous nos yeux, tout simplement surgis du fond des âges ; il est réconfortant de constater avec émotion que l’enfant est porteur en toute innocence du savoir intact de l’humanité. Somme et mémoire des mondes, la terre et l’enfant. Miracle permanent.

La technique : ils l’apprennent vite, sans difficulté. Consciencieusement ils vont former un bol, pinçant la terre entre le pouce et l’index et tournant la masse doucement, en rythme ; suivant l’âge de l’enfant, le bol sera plus ou moins bien formé, mais le contenant est là, ce contenant qu’ils vont considérer, une fois terminé, pour en tirer le corps de l’animal. Que nous suggère ce bol ?… On le tourne, l’interroge, l’on se sert des irrégularités, des petits défauts qui vont nous guider dans le choix de l’animal. Le regard devient constructeur. Après la tête, nous lui fabriquons des pattes pour marcher sur la table, une queue, des ailes, des nageoires – dans nos mains, il se met à vivre, on lui grave des yeux, il nous regarde, une petite fille dit qu’il veut un bébé, un petit est modelé et ils sont heureux tous les deux, côte à côte. Disposition, équilibre, valeur de l’espace, détails, font spontanément partie du geste de l’enfant, lui faisant réaliser des merveilles.

Dans ces ateliers pour enfants, dans l’air qu’ils génèrent et les pièces qui y naissent, une atmosphère pleine de gaîté s’en dégage, la violence de leur quotidien évacuée, des relations normales se créent, tissant du lien. Climat positif favorable à la créativité des enfants. Dans la mesure où le potier est conscient du rapport homme/terre, la transmission de son savoir va s’opérer sans contrainte, spontanément, directement. Le fait de prendre un thème comme l’animal a également son importance. L’animal reste proche de l’enfant, proche de son cœur aimant. L’enfant ressent l’animal comme son semblable, bien que différent. Il l’attire, l’étonne ; l’enfant le suit dans son mouvement, le comprend sans mot : tout est beau chez l’animal, parfait. Le fait d’y arrêter un moment son regard, d’observer comment sont ses pattes, sa tête, la forme de ses yeux, permet à l’enfant de retrouver l’universelle harmonie qui relie le monde, la nature et l’homme.

« Je veux faire un animal à deux têtes : celle d’un aigle aux yeux perçants, celle d’un crocodile aux dents pointues… » et le conte commence !

Donner vie, donner sens, donner cœur, donner pouvoir, donner esprit : que serait l’art si ce n’est la transmission de ce qu’il y a de plus précieux, léger, subtil, et de plus fort en l’homme ? Passeur de ce qui vient d’un passé, présent perpétuel, l’homme-art rend manifeste – sous des formes différentes et multiples – ce qui a été, est et sera à jamais.

Magali Satgé

Article paru dans la « Revue de la céramique et du verre » N°138 – Janvier-Février 2010


LA GRANDE CHEVAUCHEE


Atelier enfants

Poterie Les Traverses – Levens 2010